Les giboulées

Là où tout avait commencé. Nikita réfléchit. Les feutres sèchent patiemment, les bouchons cachés sous une masse de feuillets sans chlore. Des couleurs, du papier, du café, c’est sale et l’odeur est à la fois épaisse et douce. Des livres d’art, du papier glacé, partout, des cartes de visite, le plan d’un bâtiment de Calatrava, une photographie couleur, une boîte de punaises rouges.

– Nikki, je…

La voix d’Elena s’efface. Elle ne peut pas la déranger dans cet état. Zoé était venue la voir – tant pis. Elena sent qu’elle y est presque. Elle referme doucement la porte.

À l’intérieur, Nikita mordille un crayon papier.

Ça prend forme. Elle y est presque.

Le printemps

Henri et Grâce couraient sous le soleil qui coulait en cascades, les brûlait de chaleurs. Henri avait retroussé les manches de sa chemise blanche, une petite trace de gazon vert avait éclaboussé l’arrière en lin, les baskets imprimées étaient usées. Nikita rigolait en léchant sa glace. Comme une enfant. Fleur de lait.

Les balançoires oscillaient avec violence, le bleu pulvérisait le reste, et Grâce dandinait ses mollets potelés, sa robe blanche à fleurs carmin lacée aux épaules rebondies.

Ils se brûleraient les fesses sur le cuir de la voiture en rentrant à la maison. Et c’était bien égal.

Des crocus sortaient de la terre, un avion passait dans le ciel.

Back

Tourbillons, les tours, tourne encore. D’énormes flocons, épais, doux et à la fois si violents, agressifs, ils mordent, ça brûle mais c’est silencieux. Et dans la couche qui se forme, les pas laissent des traces, des ovales se suivent, réguliers, Nikita marche dans la neige. 

Elle est de retour. 

Le froid et la grippe, la fatigue et les dossiers, la rage de vaincre. Nager en eaux troubles, un film transparent se forme devant les yeux, on aperçoit le reste, mais il est si difforme, si inatteignable, pourtant si net. 

La neige tombe encore, et Nikita avance.