La barre de chocolat

L’eau sale gicle partout et un rire cristallin résonne, ricoche contre les pavés. Les bottes fuchsia et le ciré de la même couleur sont détrempés.

Il pleut.

Les marchands semblent congelés, vraiment, ils se regardent avec un air déprimé, boivent du thé. Grâce rit. L’eau est secouée d’ondes une nouvelle fois.

– Grâce, maintenant tu arrêtes…

Nikita ne peut s’empêcher de sourire. Son bouquet de pivoines est gorgé d’eau, et à force de gâter sa fille, elle n’a rien acheté. Grâce se tourne, yeux brillants, boucles humides, du chocolat tartiné sur ses joues rebondies, roses de fraîcheur printanière.

C’est déjà le mois de juin.

Et une limace dans la main.

Cette fois on se fâche ça ne va plus, laisse-la la pauvre bête elle ne t’a rien fait, laisse-la tranquille repose-la délicatement.

La limace s’en va mais Grâce rit encore, Maman encore un petit pain s’il te plaît, elles vont bientôt dîner, elle n’aura plus faim.

La pluie semble s’arrêter et Nikita consulte son téléphone. Londres, 10h34. Que fait-il?

Une photo en format carré.

« Tu nous manques, tu manques à ta fille. »

Un sourire, des bottes et une limace.

Palais des festivals

Ca sent le sel, le sable monte et s’envole vers l’azur. Le vent fouette et les yeux se plissent, les diamants jouent avec le soleil. Ils ne sont pas calmes les diamants, ils ne tiennent pas en place, ils s’amusent avec les autres, sans cesse en concurrence, jouer à cache-cache, ils font la ronde.

Les palmiers penchent avec véhémence, eux aussi rigolent, ils font de l’ombre puis se redressent, ils dansent au gré du vent, le vent froid qui se fracasse sur la mer, la houle, la sève, les vagues, surtout l’écume.

L’éclat.

Pourquoi tant de drame ?

C’est facétieux, un diamant. Ca se moque de vous.

Le peignoir blanc lui caresse les cuisses. Les mains en X, les doigts ouverts, Nikita lève les yeux vers la baie vitrée. Les paillettes lui fatiguent les paupières. Les cils, de longues pattes d’araignée épaisses, qui se réunissent, qui se quittent. Les cheveux brillent, soyeux, douceur chocolat. Le trait noir, impeccable, une ligne continue qui se noie vers la mer.

Le cintre est un couffin, les pierres se répandent parterre comme les derniers morceaux de neige qui fondent en ce mois de mai.

Et puis, le rouge du tapis.

Victory

Fleurs roses, coussins crème, services en argent. Les cartes d’invitation se déploient, filigranes en jeux de lumière, les noms sont inscrits à l’encre de noire. Les verres de cristal portent une bague d’or.

Les grandes marques défilent, les sacs frappés des grandes maisons accrochés aux dossiers des chaises, Nikita observe le tout d’un sourcil relevé, d’un sourire en coin très rouge, parfaitement dessiné.

La sorcière se glisse lentement à son côté, au détour d’une conversation mondaine.

« Beau travail, Nikki. »

Une voix rauque, une satisfaction. Les deux femmes, reines de l’événement, sourient de victoire et de pouvoir, observant les invités qui déambulent, à leur merci.